Bart Oeyen, Service du recrutement de Colruyt Bart Oeyen, Service du recrutement de Colruyt
Texte
Jo Cobbaut

Free-Lance ou salarié: un choix cornélient?

4 avril 2019
De plus en plus d'entreprises utilisent des free-lances. Parfois par nécessité, parfois délibérément. Le groupe Colruyt adopte cependant une approche prudente en la matière. «Quand nous le pouvons, nous préférons un contrat de salarié en bonne et due forme», affirme Bart Oeyen, recruteur de cette entreprise belge de la grande distribution.

La théorie est connue. Aujourd'hui, une entreprise construit autour de ses salariés permanents des couches de collaborateurs qui opèrent sous des statuts différents. «Il s'agit de tous ceux qui n'ont pas de contrat d'emploi mais qui sont mis au travail par le biais d'intermédiaires, qui sont indépendants ou qui possèdent leur propre société», précise Jeroen Franssen, expert du travail d'Agoria. «Pour ceux-là, il n'est pas nécessaire de prévoir une place fixe dans un bureau. D'ailleurs, de plus en plus de salariés ont le droit contractuel d'exercer une partie de leur job à la maison.»

Deux rouages

Jeroen Franssen ne pense pas que cette évolution s'arrêtera de si tôt. «À l'avenir, nous verrons de plus en plus d'indépendants travailler dans nos entreprises. Deux grands rouages seront à l'œuvre dans les organisations. Nous aurons toujours des travailleurs qui resteront étroitement liés à l'entreprise. Ils feront partie de son ADN et calqueront leur développement personnel sur celui de leur employeur. À leurs côtés, nous trouverons un groupe de collaborateurs possédant une certaine spécialisation et qui suivront leur propre voie d'épanouissement, indépendamment de l'entreprise. Ils devront bien sûr accepter d'avoir plusieurs donneurs d'ordre dans leur carrière.»
Le groupe Colruyt fait appel lui aussi à des personnes qui travaillent pour leur propre compte. «Cependant, nous donnons toujours la priorité aux contrats fixes et aux carrières de longue durée», affirme Bart Oeyen, recruteur de la chaîne belge de supermarchés. «Ce qui ne nous empêche pas d'employer des free-lances. Pour profiter d'une expertise particulière, pour absorber une pointe d'activité momentanée ou en attendant une embauche définitive. Nous réfléchissons toujours avant d'engager un indépendant pour savoir où l'employer et pour quelle durée.»

Partenariat durable

Bart Oeyen constate que le phénomène s'est largement répandu ces dernières années. «Les travailleurs sont de plus en plus nombreux à préférer le statut d'indépendant parce qu'ils ne sont plus liés à un seul employeur et qu'ils peuvent choisir leurs missions. Mais comment l'entreprise doit-elle les considérer? Nous, nous les voyons comme des partenaires et cherchons avec eux une relation à long terme. Nous vérifions que leur attitude correspond aux valeurs de notre organisation. Le sens du service à l'égard des autres collaborateurs, la solidarité, le respect… Ce sont des qualités qui sont aussi importantes pour nous que leurs compétences. Un chef de projet doit terminer son travail dans les temps mais il doit aussi déterminer la meilleure manière pour notre entreprise d'y parvenir. Ce qui veut dire qu'il doit oser dire à son donneur d'ordre que telle action est superflue ou que telle solution proposée n'est pas la bonne. Nous nous engageons dans le projet comme des partenaires, nous assumons notre part de risques et nous évaluons régulièrement la collaboration. Et de temps en temps, nous engageons en fixe l'un de ces free-lances parce qu'il se sent bien dans notre organisation.»

La grh reste prudente

C'est en général le management moyen qui décide d'engager des free-lances. «Mais leur service du personnel ne les abandonne pas à leur sort», précise Bart Oeyen. «Nous étudions les besoins de notre organisation et cherchons la meilleure manière d'y répondre. Quand il nous faut une certaine expertise, le recrutement d'un free-lance a du sens. Mais si la mission s'envisage à long terme, nous opterons pour un engagement en fixe. Et ces décisions sont toujours prises en concertation.»

Aucun problème d'intégration?

Quelles peuvent être les conséquences négatives du recours aux indépendants? Les salariés regardent-ils les free-lance de travers? Y a-t-il comme un esprit de tribu, nous, les permanents, contre eux, les mercenaires? Bart Oeyen n'a jamais observé ces réactions. «J'ai plutôt l'impression que ces travailleurs s'intègrent assez vite parmi nous. Nous les aidons d'ailleurs à se faire leur place, comme nous le faisons pour nos salariés. Le fait qu'ils soient présents dans nos bureaux facilite évidemment leur adaptation. Les free-lances sont des partenaires visibles de l'organisation et des managers, mais aussi de leurs collègues salariés.