Lassitude, épuisement et solitude: le trio infernal Katya Sokolsky, Responsable du Credir BeLux
Texte
Francois Weerts

Lassitude, épuisement et solitude: le trio infernal

1 mars 2021
La crise de la pandémie s'éternise. Avec des conséquences qui dégradent inéluctablement la santé mentale de la population au travail. Une association spécialisée, le Credir, vient de publier un livre qui donne 33 clés pour surmonter cette épreuve. Rencontre avec Katya Sokolsky, animatrice du volet belge de cette organisation.

La crise de la pandémie s'éternise. Avec des conséquences qui dégradent inéluctablement la santé mentale de la population au travail. Une association spécialisée, le Credir, vient de publier un livre qui donne 33 clés pour surmonter cette épreuve. Rencontre avec Katya Sokolsky, animatrice du volet belge de cette organisation.

Nous télétravaillons, nous nous réunissons à distance, nous ne nous voyons plus que par écran interposé: la crise du covid-19 distend les liens sociaux naturels. «Le malaise s'accentue dans la population», assure Katya Sokolsky, animatrice du Credir Belgique, une ONG qui lutte contre l’épuisement humain (lire l'encadré). «La première vague s'est caractérisée par un choc numérique. Il a fallu apprendre à maîtriser des outils nouveaux, ou que l'on utilisait peu jusqu'alors. Quand la deuxième vague s'est déclenchée, nous nous sommes adaptés. Aujourd’hui, l’environnement numérique est connu et il a suffi de reprendre les réflexes acquis lors de la première vague. Le risque, c'est devoir apparaître un syndrome particulier caractérisé par la lassitude, l'épuisement et la solitude. Les experts du Credir ont observé que ces trois phénomènes deviennent très dangereux quand ils se conjuguent.»

Un cocktail détonant

La solitude est l’une des premières causes de cette dégradation du bien-être mental. Beaucoup de professionnels sont seuls dans leur bulle de télétravail, les jeunes notamment. «Évoluer dans un petit appartement en n'ayant plus que des rapports virtuels provoque un fort sentiment d'isolement», confirme Katya Sokolsky. «Mais le sort des pères ou des mères de familles monoparentales n'est pas plus enviable.»

Si elle se conjugue avec la charge de travail et le poids des tâches familiales, la solitude peut déboucher sur l’épuisement. «En outre, quand on est seul, il n’y a personne pour signaler quand on dépasse certaines limites, et cela a un impact direct sur le sommeil. On répond à ses e-mails pendant la nuit. Ou on consomme massivement des loisirs numériques puisqu’on ne peut plus sortir le soir. À cet égard, on peut se rappeler qu'une célèbre plateforme de vidéos à la demande prétend que son concurrent principal, c'est le sommeil.»

Que faire?

L’hygiène de vie se délite, les rythmes de travail ne ralentissent pas, les nuits de (mauvais) sommeil raccourcissent: l’organisme trinque. Au point de risquer l’épuisement. Toute la question est alors de savoir comment réagir… Il est clair qu’il n’y a pas de remède contre la lassitude: il faut apprendre à la surmonter soi-même. Nous n’avons pas de prise sur les mesures sanitaires qui nous privent de notre vie culturelle, sportive ou sociale. «En revanche, il est possible de lutter contre l’épuisement et la solitude», assure Katya Sokolsky. «C'est tout le sens du livre de Jean-Denis Budin, le fondateur du Credir en France, 33 clés pour une période clé (lire l’encadré).»

Ainsi, pour éviter l'épuisement, l’idéal est de travailler sur son hygiène de vie. Et la solitude? «On peut la rompre grâce au maintien de nos relations amicales via les réseaux sociaux. (Un Zoom entre amis permet de garder un contact authentique malgré tout). Les règles du confinement laissent aussi une certaine latitude aux contacts physiques. On peut aussi se promener dans un espace vert avec des amis ou organiser des joggings en forêt avec des collègues.»

Quelques clés

Trente-trois clés… «Ces clés sont le fruit de recherches scientifiques», continue Katya Sokolsky… «L’action du Credir est en effet basée sur une approche académique.» Quelles clés seraient les plus importantes à ses yeux? «Il faut être capable de s'excuser très vite», dit-elle. «Les circonstances que nous connaissons aggravent les tensions et accentuent l'agressivité. Du coup, nous avons plus vite tendance à craquer, à envoyer l’autre sur les roses. Il faut alors en parler très rapidement. Quand on a commis une erreur ou quand on a eu un mot d'humeur, il faut être capable de s'excuser immédiatement pour relâcher la pression.»

Une autre clé? «Mettez votre cerveau au repos plusieurs fois par jour. Il faut faire des pauses numériques, s'évader de ses écrans. Le cerveau est une machine qui ne signale pas quand elle souffre. Sauf quand il est trop tard. Et à ce moment-là, les dégâts peuvent être catastrophiques.» ¶

Le Credir en Belgique

Le Credir (Centre résidentiel d’entraînement pour professionnels) a été fondé en 2013 par Jean-Denis Budin en Alsace. L'organisation poursuit trois missions: la formation, la prévention et la recherche. «Cet axe scientifique est fondamental dans notre approche», souligne Katya Sokolsky. Ce travail de recherche est à la fois qualitatif (récits de vie) et quantitatif (enquêtes de son observatoire). Ses experts accompagnent les professionnels en risques d’épuisement, en réalisant notamment des actions de formation en entreprises et d’accueil physique ou téléphonique.

Le pendant belge de l’association a été fondé fin 2018 et devait prendre son envol en 2020. La pandémie en a décidé autrement: les stages qui étaient prévus ont dû être reportés. Une précision encore: cette ASBL fonctionne sur le mode du bénévolat.

33 clés pour protéger son bien-être mental

Porte-parole et cofondateur du Credir, Jean-Denis Budin vient de publier son sixième ouvrage, 33 clés pour une période clé. Cet ouvrage livre des recommandations pour lutter efficacement contre l’épuisement et déjouer les périls nouveaux qui se profilent à cause de la pandémie.

Fruit de plus de dix ans de recherche, ce livre est un concentré de pédagogie, simple et accessible: un véritable guide pratique vers une meilleure qualité de vie globale, fondé aussi bien sur des travaux de recherche scientifique que sur des milliers d’heures d’écoute d’expériences de vie.

Ces trente-trois facteurs clés se succèdent selon une progression logique, mais peuvent être lus séparément. À titre individuel ou pour une organisation, ce livre permettra de mieux prévenir les risques et de se prémunir contre les catastrophes.

33 clés pour une période clé. Par Jean-Denis Budin. Éditions du Credir. 144 pages. 15 euros. L’intégralité des revenus, hors coûts d’impression, sera reversée à la Fondation de France ou à la Fondation Roi Baudouin.

ID

Katya Sokolsky

Fonction

Responsable du Credir BeLux

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Katya Sokolsky

Fonction: Responsable du Credir BeLux