Marie Kokot, Veolia Belux Marie Kokot, Veolia Belux
Texte
Liliane Fanello

Métiers techniques: les femmes sont l’avenir de Veolia

1 février 2020
Ce que nous visons, c’est une amélioration de la performance grâce à la diversification des points de vue et des cultures
Dans les secteurs où Veolia évolue (la gestion des déchets, de l’eau et l’énergie), recruter représente déjà un challenge en soi. Du moins dans les métiers techniques qui souffrent, comme on le sait, d’une désaffection des jeunes. Alors, féminiser les équipes est un défi plus ambitieux encore, que le groupe veut relever, et ce partout dans le monde.

Dans les secteurs où Veolia évolue (la gestion des déchets, de l’eau et l’énergie), recruter représente déjà un challenge en soi. Du moins dans les métiers techniques qui souffrent, comme on le sait, d’une désaffection des jeunes. Alors, féminiser les équipes est un défi plus ambitieux encore, que le groupe veut relever, et ce partout dans le monde.

Le 11 décembre 2019, une trentaine de collaborateurs de Veolia venus des quatre coins du monde se sont donné rendez-vous sous le ciel pluvieux de Bruxelles. À une poignée de collaborateurs près, on aurait pu écrire «une trentaine de collaboratrices», car les hommes se comptaient sur les doigts de la main. Néanmoins, tou.te.s étaient présent.e.s avec la même motivation: réfléchir ensemble à des solutions concrètes pour promouvoir la mixité et l’égalité professionnelle au sein du groupe.

Une journée pour partager expériences et bonnes pratiques, réseauter, stimuler la créativité et faire émerger de nouvelles idées en s’appuyant sur la force de l’intelligence collective… Et aussi pour se rendre compte de ceci: que l’on vienne du Maroc, d’Équateur, de Belgique, de Chine, des États-Unis ou du Niger, la mixité et l’égalité professionnelle restent des problématiques relativement communes.

Wedo, un réseau international

Il s’agissait de la première rencontre hors Paris du réseau Wedo. Ce réseau interne créé par Veolia en 2016 vise deux objectifs: développer la mixité des emplois dans les métiers opérationnels et de terrain, et développer la féminisation des instances dirigeantes et du management dans l’entreprise. Wedo est un réseau international, porté au plus haut niveau du groupe. Il compte actuellement plus de 2.000 femmes et hommes de Veolia via la communauté Google +.

Depuis fin 2018, des réseaux locaux, et les initiatives prises par ceux-ci, fleurissent sur tous les continents, traduisant la volonté du groupe «d’aller plus loin sur le sujet de la mixité». Traduisant aussi des réalités de terrain très différentes d’une entité à l’autre, sachant que les surprises, bonnes ou moins bonnes, ne sont pas toujours là où on les imagine… Autrement dit, «ce ne sont pas forcément les pays qui parlent le plus de mixité et de diversité qui sont les plus avancés en la matière», comme l’a souligné Isabelle Hellio, directrice de la diversité et de l’innovation sociale au niveau du groupe.

La rencontre Wedo a démarré par un bref état des lieux. Globalement, le taux de féminisation du groupe est de 21%, avec de grandes différences d’une région à l’autre du monde. Il est par exemple de 31% en Asie/Océanie contre 17% en Amérique latine... Sur les 36.000 femmes travaillant pour Veolia, 15% sont des managers, 20% des cheffes d'équipe ou superviseuses, 29% sont ouvrières ou opératrices et 35% employées dans les bureaux.

Et en Belgique?

Marie Kokot, directrice des ressources humaines de Veolia Belux, a pointé le fait que l’entité belge se classe parmi «les dix plus mauvais élèves du groupe», avec un taux de féminisation de 1,7% parmi les techniciens, 4% de cheffes d'équipe, 25,8% de cadres et 10% de cadres dirigeantes. Ces 10% du comité de direction de Veolia Belux, c’est Marie Kokot, en fait…

Celle-ci a aussi évoqué la question de l’écart salarial entre hommes et femmes. «Les barèmes sont identiques, néanmoins, sur la base de la formation, l'écart salarial se creuse de facto car souvent, pour une même fonction, les femmes sont plus diplômées.»

«La promotion de la mixité n’est pas un sujet neuf chez Veolia et nous avons déjà mis en place plusieurs initiatives sur le sujet», a-t-elle précisé. «Ce que nous visons, c’est une amélioration de la performance grâce à la diversification des points de vue et des cultures. Mais les avancées n’étaient pas à la mesure des attentes sur le sujet. D’où la décision prise d’être plus fermes, avec des objectifs chiffrés dans un délai donné.»

Quotas

C’est ainsi qu’en mars 2019, le PDG de Veolia lui-même, Antoine Frérot, a pris des directives qui n’ont pas manqué de faire grincer quelques dents: «Le top management de Veolia doit être plus international. Aujourd’hui, parmi les 400 cadres dirigeants qui sont gradés 16 et plus, 41% ne sont pas français. En 2023, ils seront plus de 50%. De même, ce même groupe de 450 dirigeants est beaucoup trop peu mixte. Il ne comprend que 18% de femmes. Celles-ci devront être 25% en 2025, et au moins 40% en 2028. Pour y parvenir, plus d’une nomination sur deux au sein de ce groupe devra être celle d’une femme, et ce pendant les dix prochaines années.»

Si plusieurs participant.e.s à la journée Wedo ont souligné que la contrainte des quotas n’est pas forcément appropriée dans toutes les sphères de l’entreprise, en particulier dans les métiers techniques, ils et elles estiment par contre que cela a du sens chez les managers. Nicolas Germond, le directeur général de Veolia Belux, en fait partie. «Veolia est convaincu que la femme est l’avenir du groupe. Mais la prise de conscience de l’intérêt d’apporter plus de diversité, au sens large, dans l’entreprise date de bien avant la création de Wedo. Nous avons par exemple commencé par le programme Women in Leadership, destiné à favoriser le développement des carrières des femmes managers de l’entreprise.»

Changement de culture

Pour Nicolas Germond, «la diversité, qui apporte plus de créativité, est entre autres un moyen de répondre aux attentes des clients et de la société.» Il souligne par ailleurs que la présence féminine dans le comité de direction de Veolia Belux a clairement changé certains comportements. «Il y a plus d’écoute, moins de conflits brutaux.»

Comme le souligne Anne-Sophie Pierre, Business Unit HR Manager de Veolia Belux, et correspondante de Wedo en Belgique francophone, la présence de plus de femmes techniciennes est expressément demandée par certains clients. «Le monde change ainsi que les attentes des clients. Nous devons accompagner cette évolution et ne pouvons pas rester bloqués.»

Celle-ci explique qu’en Belgique, Veolia mène des actions depuis déjà de nombreuses années pour attirer davantage de femmes. «Nous participons par exemple à la journée Women at Work, dédiée à la mise en valeur des métiers techniques.» Veolia est aussi un partenaire de la première heure d’une formation mise en place par Interface 3, centre de formation bruxellois pour femmes en recherche d’emploi, et Bruxelles Formation destinée à former des électriciennes industrielles. «Notre entreprise les accueille en stage et s’engage à leur proposer un CDI à l’issue de leur formation. Aujourd’hui, nos effectifs comptent 14 femmes techniciennes. Pour nous c’est une fierté. Mais la difficulté, après, est de les garder, car ces femmes sont très prisées. Généralement, elles sont excellentes et particulièrement motivées. Elles se distinguent vraiment.»

Olivier Carlat, directeur de la formation et du développement social du groupe, était également présent à Bruxelles. Celui-ci s’est réjoui de ce coup d’accélérateur pour la diversité dans l’entreprise. «En fait, par le biais de celle-ci, on est en train de changer les pratiques de l’entreprise. Je suis intimement convaincu que ce qui s’est passé dans les cercles de parole aujourd’hui définit un nouveau style de leadership, où les leaders n’ont pas la solution à tout, mais sont plus à l’écoute et bienveillants.»

Complémentaires, pas concurrents

Enfin, sur la manière d’aborder la mixité et l’égalité professionnelle, une mise en garde s’est dégagée: attention à privilégier la complémentarité, et non la confrontation. «La parole des femmes s’est libérée et ça va faire bouger les choses», a commenté à ce propos Isabelle Hellio. «Les jeunes filles ont déjà dépassé certains biais. Mais on sent aussi un risque que les hommes se sentent stigmatisés. Ils se sentent inquiets, ce qui induit un risque de scission dans laquelle il ne faut pas tomber. Faire progresser les femmes, ça doit être au bénéfice des hommes. D’ailleurs Wedo est un réseau ouvert à tous, hommes comme femmes. Nous ne devons pas avoir une approche trop monolithique. Les représentations sociales pèsent autant sur les hommes que sur les femmes, et si on ne travaille pas là-dessus, il n’y aura pas d’émancipation des femmes.»

Conclusion d'Anne-Sophie Pierre: «Pour moi, la mixité et l’égalité professionnelle ne doivent pas être des sujets de femmes, mais d’entreprise. Wedo n'est pas un réseau féministe mais un réseau mixte, travaillant pour une mixité positive pour tout le monde. Autrement dit, nous sommes dans un sujet de performance, pas d’idéologie.»

ID

Marie Kokot

Fonction: DRH de Veolia Belux