Baisses de salaire? Un phénomène marginal pendant la crise

26 juin 2020
Texte
Francois Weerts
Baisses de salaire? Un phénomène marginal pendant la crise

La crise du coronavirus n’a pas encore entraîné de nombreuses réductions de salaire. Durant les 5 premiers mois de l’année 2020, seuls 5 employés sur 1.000 ont restitué une partie de leur salaire, d’après une analyse d'Acerta. En moyenne, il s’agissait d’une réduction salariale de 11,29 % pour ce groupe réduit. Si la diminution du salaire des travailleurs est abordée dans le contexte de la crise du coronavirus, elle relève davantage de la théorie que de la pratique pour l’instant. Car l’introduction rapide du système de chômage temporaire, auquel peu de conditions sont liées, a donné aux entreprises l’opportunité de limiter facilement et efficacement les frais salariaux.

De commun accord

«Ces derniers temps, les médias ont évoqué à plusieurs reprises des restrictions salariales, lorsque des footballeurs ou coureurs cyclistes étaient disposés à réduire leur salaire, par exemple, ou quand des pilotes étaient prêts à faire une croix sur près de la moitié de leur rémunération», explique Nathalie Florent, Senior Consultant d'Acerta. «Mais nous ne pouvons pas oublier qu’une réduction du salaire ne peut faire l’objet d’une décision unilatérale. Elle doit être convenue dans une CCT conclue avec les syndicats ou dans une annexe individuelle au contrat de travail avec le travailleur concerné. Même si toute une série d’entreprises demandaient à leurs travailleurs de restituer une partie de leur salaire dans les prochains mois, la probabilité qu’un accord à ce sujet voie le jour est assez réduite. La diminution des salaires pour réduire les coûts ne constitue qu’une des options en situation de crise, et certainement pas la première. Les entreprises qui ont été citées ces derniers temps constituent donc des cas isolés.»

Si des réductions des salaires entrent en jeu dans les entreprises, elles auront plutôt lieu l’année prochaine, estime Acerta. Comme le chômage temporaire lié au coronavirus sera prolongé à partir du 1er septembre (à des conditions plus strictes, certes), les entreprises disposent encore plus longtemps d’oxygène pour évaluer les actions à entreprendre à (moyen et) long terme. Cependant, il reste à savoir si davantage d’entreprises demanderont à leurs travailleurs de réduire leur salaire. En raison de la condition du «consentement mutuel» dans les baisses de salaire, avoir recours aux licenciements peut constituer une solution «plus facile» pour un employeur en vue de mieux coordonner le travail et les travailleurs par exemple.

Autres pistes

«Durant l’après-crise du coronavirus, la demande en collaborateurs et même la pénurie sur le marché de l’emploi pourraient rapidement redevenir une réalité», prévient Nathalie Florent. «Si tout le monde recherche du personnel approprié, l’addition peut être salée pour les employeurs qui pourraient manquer leur redémarrage s'ils ne disposent pas des bons collaborateurs ou ne les trouvent pas. C’est pourquoi plusieurs interventions plus durables, comme le partage de travailleurs, le travail à temps partiel (temporaire) ou une réduction (temporaire) du temps de travail avec perte de salaire sont des mesures qui s'inscrivent mieux dans un plan de relance équilibré.»

À propos des chiffres

Les données recueillies sont basées sur les données réelles des employés d’un échantillon représentatif de plus de 32.000 employeurs issus du secteur privé, auquel appartiennent aussi bien des PME que des grandes entreprises.