Entretiens de départ: attention aux maladresses

26 novembre 2020
Texte
Francois Weerts
Entretiens de départ: attention aux maladresses

Aujourd'hui, on estime que 250.000 Belges risquent de perdre leur emploi en raison de la crise du coronavirus. Se profilent donc autant d'entretiens de licenciement qui, en outre, seront de plus en plus souvent virtuels à cause des mesures sanitaires. «Ce qui ne fait que compliquer une entrevue déjà délicate», affirme Filip De Pooter de LHH, une société experte en talents et carrières, qui accompagne les entreprises dans les restructurations.

«L'entretien doit être tout à la fois humain et professionnel», explique Filip De Pooter. Tout l'art consiste à trouver le bon équilibre entre les deux. Une approche trop professionnelle donne rapidement l'impression d'être froide et inhumaine, surtout lorsqu'il s'agit d'un entretien vidéo forcément moins personnel. D'autre part, donner trop de place aux émotions n'aide personne non plus. «Rigueur et douceur ne vont pas ensemble. Un supérieur hiérarchique peut très difficilement licencier quelqu'un et le réconforter en même temps.»

L'expert RH donne six conseils, qui peuvent aider un manager à mener au mieux un entretien de licenciement inévitable. Cela lui évitera de commettre les maladresses les plus fréquentes.

Ne demandez surtout pas au travailleur: «comment allez-vous?»

«Allez droit au but et ne parlez pas de la pluie et du beau temps», conseille Filip De Pooter. «Quand vous demandez au travailleur comment il va, vous risquez d'alourdir inutilement l'entretien pour vous-même comme pour votre interlocuteur. S'il commence à expliquer ses difficultés familiales ou la maladie de personnes qui lui sont chères, l'entretien deviendra émotionnellement très lourd. Ne demandez donc rien pour ne pas rendre la situation encore un peu plus pénible.»

Ne dorez pas la pilule

La nouvelle peut être un choc terrible. Les silences peuvent être extrêmement pénibles, surtout lors d'un appel vidéo, où une partie de la communication non verbale ne passe pas. «Nous avons tendance à vouloir combler les silences. Avec des promesses parfois», indique Filip De Pooter. «Cependant, ne dites pas que d'autres possibilités existent quand la situation est tout à fait bloquée, ou que vous aiderez le collaborateur à trouver un nouvel emploi, si vous n'êtes pas en mesure de le faire. En tant que responsable, votre tâche consiste à transmettre des informations claires. Il s'agit souvent de la plus grande aide que vous puissiez apporter.»

Ne dites pas que vous savez ce que cela fait d'être licencié

«Faites preuve d'empathie: elle est cruciale pour la réussite de l'entretien. Mais, n'en faites pas trop. Ne dites pas que vous savez ce que cela fait d'être licencié. Ne tombez pas dans le piège de la sensiblerie. Se laisser au sentimentalisme ou plaisanter peut être perçu comme déplacé. Sur le moment même, ou plus tard, au moment de la visualisation de l'enregistrement vidéo.»

Dans un entretien vidéo, on ne capte pas tous les signaux. Posez dès lors des questions de contrôle supplémentaires, comme: «Il me semble que le message est dur à digérer, qu'est-ce qui vous passe par la tête en ce moment?» Les signaux non verbaux étant moins perceptibles, de nombreuses personnes ont tendance à continuer à parler plus longtemps au cours d'un entretien vidéo ou au téléphone. Évitez tout monologue en posant des questions parallèlement à l'annonce de la nouvelle.

Faites le maximum pour éviter tout problème technique, mais soyez prêt à réagir

Veillez à ce que tout soit en ordre sur le plan technique, vous éviterez ainsi que des problèmes ne viennent causer du stress supplémentaire. Un conseil de Filip De Pooter: «Assurez-vous d'avoir le numéro de GSM de votre interlocuteur sous la main, afin de pouvoir immédiatement reprendre la conversation en cas de défaillance du réseau. Par ailleurs, activez la fonction vidéo et montrez votre visage. Même s'il s'agit d'un contact virtuel, tâchez de faire comme s'il s'agissait d'une réunion physique.»

Prévoyez une prise en charge de votre ancien collaborateur à l'issue de l'entretien

Filip De Pooter recommande de mener l'entretien à deux. «Un collègue des ressources humaines est plus neutre et peut prendre en charge le collaborateur à l'issue de l'entretien et lui expliquer les étapes suivantes du processus de licenciement. Il ou elle peut également rediriger l'entretien et vous faire un feed-back par la suite.»

Tout n'est pas terminé à la fin de l'entretien de licenciement, même si vous ne reverrez pas forcément le collaborateur spontanément, en raison du télétravail. Prévoyez donc des moments de contact personnels, de manière à rester en contact avec le collaborateur au cours de la période de préavis. Un collaborateur licencié peut se sentir très seul.

Préparez un scénario

Il va de soi qu'il n'est pas possible de prévoir totalement comment un entretien de licenciement se déroulera. «Vous pouvez néanmoins vous y préparer au mieux en ordonnant tous les éléments à aborder. Vous suivrez ainsi un ordre logique, éviterez toute confusion et n'oublierez rien. À quelles questions vous attendez-vous? Quelles informations souhaitez-vous absolument transmettre personnellement? Reprenez tout cela dans un scénario.»

Encore une chose: mettez-vous d’accord clairement sur la manière dont vous vous transmettrez mutuellement tous les documents signés, car vous ne vous trouvez pas physiquement dans la même pièce à ce moment-là.