Évaluations compétitives: le pour et surtout, le contre

22 mai 2022
Évaluations compétitives: le pour et surtout, le contre

Quand les salariés savent que leurs prestations seront évaluées par rapport à celles de leurs collègues, les hommes enregistrent de meilleurs résultats que les femmes. Alors que leurs prestations sont sensiblement identiques. Mise en garde de la professeure Klarita Gërxhani.

Texte: Lotte De Snijder

Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à vouloir recruter des femmes. Et naturellement, elles veulent les conserver le plus longtemps possible et leur donner des perspectives de promotion. Mais la façon dont les salariés sont évalués influence fortement la concrétisation de ces bonnes intentions. C'est ce que montre une étude sur l'impact de l'évaluation compétitive, réalisée par Klarita Gërxhani, professeure en sociologie économique du European University Institute de Florence. «Quand les participants à l'enquête ne savaient pas qu'ils allaient être comparés, les femmes et les hommes avaient les mêmes résultats», dit-elle. «Quand on leur disait que leurs prestations allaient faire l'objet d'un classement, les hommes affichaient de meilleures performances que ceux à qui on n'avait rien dit, alors que les femmes s'en sortaient beaucoup moins bien. Le désavantage pour les femmes dépasse largement l'avantage pour les hommes.»

Le statut est déterminant

L'explication réside dans les stéréotypes qui font croire aux hommes qu'ils sont meilleurs que les femmes dans un environnement compétitif et qui poussent les femmes à ne pas nuire aux autres. Mais il y a plus. «En définitive, au travail comme dans la vie, tout se résume à une lutte pour le statut social», assure Klarita Gërxhani. «Même s'il n'y a rien de tangible à gagner, le critère du statut suffit à créer une inégalité de genre. Je m'en rends moi-même compte quotidiennement, comme de nombreuses femmes dans ma position. Dans une précédente enquête, j'ai montré par exemple que les femmes obtenaient moins de crédits dans les travaux de groupe. Dans mes recherches, je ne veux pas seulement conscientiser: je souhaite créer une révolution culturelle. Nous avons besoin des qualités des hommes et des femmes et nous devons les reconnaître et les valoriser. Celles des uns et celles des autres. Aux femmes qui occupent une position prééminente et qui savent combien c'est difficile, j'ai envie de dire: donnez de la voix pour aider les générations suivantes à faire la différence.»

Évaluez votre système

Si vous utilisez un système d’évaluation compétitif qui compare les salariés entre eux, sachez qu'il risque fort de défavoriser vos employées. Voyez alors si cet inconvénient est compensé par l’avantage que cette formule représente pour les hommes. Une alternative est d’évaluer les salariés sur la base de leurs prestations passées au lieu de les confronter à celles de leurs collègues. Klarita Gërxhani: «Une entreprise se doit d’attirer et de conserver les meilleurs talents. Elle le fera en les motivant et en accompagnant leur développement. Lors d’une évaluation, vous pouvez réfléchir à vos attentes initiales: pourquoi ai-je recruté ce collaborateur et dans quelle mesure a-t-il progressé depuis lors?» ¶

Vous retrouverez l'étude complète de Klarita Gërxhani dans la Harvard Business Review de décembre 2021: How Ranking Performance Can Hurt Women.

ID

Klarita Gërxhani

Fonction

Professeure en sociologie économique, European University Institute de Florence