Infrabel: les managers sur le terrain avec leurs hommes

30 mars 2020
Texte
Liliane Fanello
Infrabel: les managers sur le terrain avec leurs hommes

Depuis le 23 mars, le rail belge est passé en mode «Service d’intérêt national». La réduction (d’environ 55% du trafic habituel) a été accueillie avec soulagement par le personnel d’Infrabel, dont une série de métiers nécessite une présence physique. Outre les mesures sanitaires évidentes pour protéger les collaborateurs, les managers tiennent à leur présence sur le terrain, avec un enjeu majeur: rassurer, et encore rassurer.

La gestion du trafic depuis les cabines de signalisation, ainsi que la maintenance des voies et caténaires sont vitales pour la continuité du trafic ferroviaire. Et impossibles à assurer en télétravail. Quelques jours avant l’instauration du Service d’intérêt national, Infrabel enregistrait un taux de 15 à 16% d’absences pour cause de maladie. Soit environ trois à quatre fois plus qu’en temps normal. «Au-delà de 25% d’absentéisme, nos clients risqueraient d’être lourdement pénalisés avec un service susceptible de ne plus être assuré 24h/24… Le trafic pourrait même être interrompu sur une partie du réseau», indique l’entreprise. Le risque concerne le transport des voyageurs, mais aussi le fret qui, lui, tourne actuellement à plein régime.

Des réservistes H24

Devant cette menace, une des mesures d’Infrabel est la mise sur pied d’équipes de réserve. Ce modèle est inédit dans l’entreprise. «Dans les cabines de signalisation, un nombre important de personnes sont présentes en même temps», explique Paul Boydens, responsable des équipes en charge de la gestion du trafic à l’échelle nationale. Il a sous son aile environ 1.500 personnes. «Le Service d’intérêt national nous a permis de réduire le nombre de collaborateurs dans les salles de commande d’à peu près 30%.» Ces 30% ne sont pas tout à fait écartés: ils restent chez eux, tout en continuant d’être payés, et sont rappelables 24h/24 au cas où il y aurait une équipe malade. Paul Boydens précise que tous les collaborateurs sains assurent ce service en réserve à tour de rôle, «pour ne pas créer de jaloux.»

Inquiétude et injustice

Si les mesures sanitaires rassurent les travailleurs, Paul Boydens est conscient que tout pourrait basculer en cas de vent de panique. «Il est donc important que les gens sentent qu’ils ne sont pas livrés à eux-mêmes. À chaque pause, quelqu’un de l’encadrement est dans la cabine avec eux, pour les rassurer, montrer de l’empathie vis-à-vis de leurs inquiétudes, s’intéresser à leurs remarques et propositions… C’est ce que j’essaye de faire moi-même, ainsi que tous mes managers et chefs d'équipe.»

Olivier Philippe, Area Manager Sud-Est, est lui aussi au charbon avec «ses hommes». Il est responsable des équipes de maintenance de l’infrastructure pour la zone Sud-Est. «Notre premier travail a été de rassurer notre personnel. Lorsqu’on a annoncé que les trains devaient continuer de rouler, leurs premières réactions ont été: mais on nous envoie à la mort!» Au sentiment d’inquiétude s’est ajouté celui d’injustice face à ceux qui «peuvent rester bien au chaud derrière leur ordinateur chez eux…»

Tout le monde sur le pont

Les équipes d’Olivier Philippe comptent quelque 1.300 ouvriers… et 80 cadres. Pour mettre fin aux crispations, il a décrété qu’il était important de faire travailler tout le monde à son poste, y compris les cadres. «Le rôle des managers est de rassurer en mettant le paquet pour la sécurité, et en montrant qu’on est là», poursuit-il. «Nous devons continuer à dire aux gens que leur rôle est essentiel et leur témoigner de la reconnaissance pour ce qu’ils font. Sinon on risque de ne plus avoir personne.»

Pour l’heure, l'entreprise tient à saluer «le travail énorme qui vient d’être réalisé sur le plan du management, par des managers qui font preuve d’empathie et tentent d’entretenir la mission de service public chevillée au corps des agents.»

Texte: Liliane Fanello / Photo: Infrabel