«Les salariés n'ont pas de secret entre eux»

10 janvier 2022
«Les salariés n'ont pas de secret entre eux»

Une transparence radicale, un travail asynchrone, pas de managers, pas de réunions: ce sont les ingrédients de la culture d'entreprise très particulière de l'assureur Alan. Cette scale-up veut rendre les soins de santé accessibles et personnalisés en proposant des assurances totalement numériques et en privilégiant la prévention.

Texte: Melanie De Vrieze

Alan est une entreprise française qui a de grandes ambitions: transformer le système des soins de santé et le rendre plus accessible aux patients. Elle le fait notamment en proposant une gamme d'assurances maladie totalement numériques. «Grâce à cette approche, nous réduisons la paperasserie», explique Cédric De Vleeschauwer qui dirige la branche belge d'Alan. «En cas de maladie ou d'accident, nous répondons en moins de deux minutes aux questions de nos membres. Et nous effectuons les remboursements le jour même.»

Selon lui, le modèle actuel de l'assurance maladie est dépassé. Quelqu'un souffre d'une affection médicale, expose des frais et reçoit ensuite un remboursement. «Dans notre approche, nous pensons qu'il est préférable d'éviter de tomber malade. Raison pour laquelle nous accordons autant d'attention à la prévention.» Alan a lancé un chat médical, qui permet aux assurés de poser directement des questions à un médecin. L'étape suivante donne accès à un soutien psychologique.

Transparence radicale

En Belgique, Alan emploie 21 personnes. Les effectifs devraient monter à 35 employés au début de l'année prochaine. Pour bien évaluer la convergence culturelle du candidat, l'entreprise prend du temps pour procéder aux recrutements. La procédure se décline en cinq étapes. «Nous devons être certains que les candidats soient parfaitement alignés sur notre culture d'entreprise très particulière.»

La transparence radicale est l'élément essentiel de cette culture et de la manière de travailler des équipes. «Cela veut dire que les salariés n'ont pas de secrets les uns pour les autres. Chacun sait ce que gagne son collègue et combien de parts de l'entreprise il possède. Les salariés doivent se sentir confortables dans cette façon de travailler car ce que nous voulons éviter en mettant les choses à nu, ce sont les manœuvres politiques.»

Organiser ses vacances soi-même

Alan se base sur les principes de l'appropriation distribuée (distributed ownership). Chaque salarié est responsable de ses tâches, organise son travail et décide quand il prend des vacances. «Nos collègues ont beaucoup de liberté», confirme Cédric De Vleeschauwer. «Nous n'avons pas de managers au sens traditionnel du terme, parce que nous partons du principe que nos collaborateurs sont suffisamment mûrs pour prendre les décisions nécessaires. Nous les avons embauchés en faisant confiance à leurs compétences. Il faut donc les laisser faire leur travail.»

Mais alors, qui prend les décisions chez Alan? «Ce n'est pas mon job de le faire», assure le patron de l'entreprise. «Je n'impose pas de décisions au personnel. En revanche, je souhaite m'assurer que chacun dans son domaine d'expertise collabore correctement. Je suis dans un rôle de coordination et je réfléchis à la stratégie à long terme.»

Travail asynchrone

Pour Cédric De Vleeschauwer, les réunions ne sont pas productives. Au lieu d'en convoquer une, les décisions sont prises par écrit. «Nous donnons à nos collègues deux ou trois jours pour qu'ils transmettent leur avis. Ils peuvent ainsi se préparer et partager leurs idées.» Autre avantage: la communication écrite permet aux personnalités introverties de s'exprimer. «Pendant les réunions, on écoute davantage ceux qui osent crier ou taper du poing sur la table. Les idées intéressantes des collègues plus timides sont alors perdues.»

Une communication écrite, l'absence d'intérêt pour les titres, une transparence radicale et pas de décisions imposées par le sommet: ces caractéristiques alimentent une culture d'entreprise unique. «Nous ne disons pas que notre culture est meilleure qu'une autre mais ceux qui veulent travailler chez nous doivent se sentir à l'aise avec ces valeurs», conclut Cédric De Vleeschauwer. ¶

ID

Cédric De Vleeschauwer

Fonction

Responsable d'Alan