Nous ne sommes pas tous égaux face au virus

8 avril 2021
Nous ne sommes pas tous égaux face au virus

Pour le compte d'ETUI, le centre de recherche de la Confédération européenne des syndicats, la VUB a mené une enquête sur la relation entre la santé au travail et la pandémie que nous connaissons. «La principale conclusion de nos travaux est claire: tous les travailleurs ne sont pas égaux devant la crise du covid-19», affirme le professeur Christophe Vanroelen. «La nature du travail joue un grand rôle: dans certaines professions, le contact physique est inévitable, les mesures de sécurité sont difficiles à mettre en place ou le télétravail est inapplicable. Mais le statut professionnel a aussi des conséquences.»

Facteurs d'inégalité croisés

Dans les secteurs qui impliquent de nombreux contacts directs avec des collègues et des clients, les travailleurs sont confrontés à un risque plus élevé d'exposition au covid-19. Les mesures de sécurité non réglementées, le manque d'équipements de protection individuelle et la promiscuité augmentent encore le risque dans ces secteurs. Les inégalités persistantes sont exacerbées par la pandémie, car les travailleurs faiblement rémunérés, ceux qui sont issus de minorités ethniques, les migrants et les femmes sont surreprésentés dans ces secteurs. Comme le souligne l'étude de la VUB, ils sont également confrontés à des facteurs croisés, notamment des contrats précaires, l'insécurité de l'emploi, l'insuffisance des congés de maladie payés, le manque de pouvoir de négociation et un statut socio-économique faible.

Les femmes, plus exposées

Les risques auxquels sont confrontés les migrants sont aggravés par le fait que leur permis de séjour, l'accès aux soins de santé et au logement peuvent être conditionnés par leur employeur. Des études montrent que les répercussions de la pandémie sur la santé au travail ont également une dimension spécifique, les femmes étant davantage exposées à la maladie, devant assumer une charge de soins plus lourde et étant davantage exposées à la violence domestique. «Ces modèles d'inégalité jouent un rôle important dans la crise sanitaire, en déterminant qui est le plus à risque d'être infecté, et s'il aura ou non accès aux soins et à l'auto-isolement», continue l'étude.

Recommandations

Les chercheurs de la VUB plaident donc pour que l'on reconnaisse le covid-19 comme une maladie professionnelle. «Il ne faut pas se contenter de fournir une protection adéquate aux travailleurs», concluent les auteurs du rapport. «Il est important que les mesures aillent au-delà de l'exposition à la maladie sur le lieu de travail et incluent les divers facteurs augmentant l'exposition en raison du travail lui-même.»

Les chercheurs font quelques recommandations politiques qui comprennent une meilleure représentation des travailleurs à tous les niveaux de l'emploi, des mesures de protection de la santé spécifiques au secteur, une amélioration de la sécurité de l'emploi et des politiques de congé de maladie…