Parlez la langue de votre groupe cible

17 mai 2022
Parlez la langue de votre groupe cible

City Pirates est une équipe de football qui opère dans plusieurs quartiers difficiles d'Anvers. L'approche sociale est centrale. L'entraîneur Yves Kabwe Kazadi prépare ses joueurs à devenir des citoyens à part entière. «Le foot arrive en deuxième place. Je veux surtout que les jeunes s'en sortent.»

Texte: Melanie De Vrieze

Le club de foot City Pirates a été fondé par l'entrepreneur Michel Pradolini quand il était entraîneur des jeunes du FC Merksem il y a vingt ans. Il voulait alors favoriser l'émergence d'une action sociale en marge du sport. Aujourd'hui, le club compte 75 équipes, réparties dans cinq localités anversoises: Merksem, Luchtbal, Linkeroever, Dam et Deurne. Plus de 1.400 joueurs – des garçons et des filles – forment un vrai groupe, indépendamment de leur couleur de peau, de leurs convictions et de leur expérience.

Le nom du club fait référence au métier de Michel Pradolini qui s'occupe de catering maritime. «Les pirates se battent toujours contre les tempêtes», sourit Yves Kabwe Kazadi, entraîneur et travailleur social. «Nous ne pouvions pas utiliser le nom d'Anvers, nous avons choisi celui de City.»

Action sociale

City Pirates est un projet social qui accompagne les joueurs pour les emmener le plus loin possible, dans le sport et dans la société. La plupart des jeunes arrivent au club parce qu'ils ont fait de mauvais choix à l'école ou dans leur vie. «Ils viennent souvent de la cité Chicago où règnent les lois de la rue», continue Yves Kabwe Kazadi. L'action sociale est prioritaire. City Pirates essaie d'éloigner les jeunes de cet environnement défavorable.

«Notre club repose sur plusieurs piliers, comme les études dirigées et les visites dans les familles. Nous travaillons avec les professeurs et gardons un contact étroit avec les écoles. Parmi les 1.400 joueurs, un deviendra peut-être un professionnel du foot. Mais qu'arrivera-t-il aux 1.399? Nous les préparons à trouver leur place dans la société pour qu'ils y participent en tant que citoyens à part entière. Arriver à l'heure est peut-être aussi important qu'apprendre à dribbler. Nous accompagnons aussi les jeunes dans leur quête d'un emploi en les aidant à rédiger leur CV ou à franchir l'épreuve de l'entretien d'embauche. Comme les autres clubs, nous investissons dans des entraîneurs diplômés, mais nous disposons aussi de travailleurs sociaux qui aident ces jeunes à rester loin de la rue.»

Facilité d'accès

Le management et le département RH de City Pirates sont les plus accessibles possible. «Nous devons savoir ce qui se passe sur le terrain», affirme Yves Kabwe Kazadi. Lui-même a vécu dans les cités et connaît cet environnement. «Souvent, nos collaborateurs viennent d'autres secteurs quand ils arrivent chez nous. La diversité prime, ils doivent donc s'adapter. Il ne leur suffit pas d'avoir le bon diplôme, il leur faut aussi parler la langue de la rue. Nous nous situons dans les quartiers les plus difficiles de Belgique. Ce n'est pas sur les bancs de l'école que l'on apprend à évoluer dans ce milieu. Il faut donc se mettre au diapason de ces jeunes pour les motiver. L'une de nos missions est aussi de reconnaître le rôle que jouent nos nombreux volontaires. Certains d'entre eux sont également issus de contextes sociaux fragiles.» ¶

Yves Kabwe Kazadi était l'un des conférenciers qui sont intervenus lors de notre HRcongres les 12 et 13 mai derniers à Milan.

ID

Yves Kabwe Kazadi

Fonction

Entraîneur et travailleur social du club City Pirates