Pourquoi les salariés insatisfaits restent-ils en place?

13 mars 2022
Pourquoi les salariés insatisfaits restent-ils en place?

Alors qu'on parle beaucoup aux États-Unis d'un vague de démissions, notre pays ne semble pas souffrir de cette Great Resignation. Roosmarij Clercx de l'université d'Anvers s'est demandé pourquoi ces départs, parfois ardemment souhaités, ne se produisent pas avec la même intensité.

Texte: Peter Ooms

Doctorante de l'université d'Anvers, Roosmarij Clerx s'est intéressée à une question brûlante: pourquoi les salariés qui sont insatisfaits de leur emploi n'en changent-ils pas? La théorie de l'immobilisme dans les carrières a été conçue par la professeure Marijke Verbruggen de la KU Leuven avec sa consœur Ans De Vos de l'Antwerp Management School (AMS). Les deux universitaires détectent des obstacles structurels, mais aussi des barrières personnelles.

Roosmarij Clercx insiste, de son côté, sur l'importance des motivations psychologiques. «Changer de travail a un grand impact sur la vie. La décision est d'autant plus difficile à prendre qu'il faut comparer plusieurs options. Ce qui suscite de l'incertitude. Vous n'êtes jamais certain que vos nouveaux collègues et votre nouvel environnement de travail seront plus agréables.»

Inertie

Ce tournant dans une vie professionnelle réclame donc beaucoup d'énergie. «Il faut d'abord chercher et trouver une alternative appropriée, suivre une formation, etc.» Et en vertu de l'économie comportementale (cf. Daniel Kahneman), on sait que les individus sont influencés dans leurs choix par les coûts à court terme plutôt que par les bénéfices à long terme.

Pour son étude, Roosmarij Clerx a interrogé des personnes sur les périodes au cours desquelles elles ont réussi à réaliser un changement et sur les périodes au cours desquelles elles ont échoué. «Même si l'analyse n'est pas entièrement finalisée, je peux déjà dire que les premiers résultats montrent que les salariés n'entreprennent pas de changement dans leur carrière quand ils se rendent compte qu'ils devraient renoncer à trop de choses. Quand ceux-là reviennent sur cette période, ils n'éprouvent aucun regret.»

Il y a aussi ceux qui cherchent une alternative pendant un certain temps sans succès. Eux aussi estiment qu'ils devraient faire trop de sacrifices et préfèrent rester là où ils sont. Ce groupe utilise certains mécanismes pour rendre la situation plus supportable (au moins temporairement): ils prennent de la distance par rapport à leur travail, s’accrochent à ses aspects positifs ou se reposent sur leurs relations sociales.

Outils de carrière

Roosmarij Clerx a collaboré à une autre étude qui visait à identifier les outils qui existent pour stimuler les transitions professionnelles. Les chercheurs ont constaté que les initiatives sont nombreuses mais qu'elles restent très éparpillées. Il manque souvent une approche intégrée. Pour obtenir des résultats prometteurs, il faut mettre en place un cadre plus large, qui comprend des formations et un accompagnement.

Il convient encore de sensibiliser le public cible en lui procurant des informations claires. Les outils ne doivent pas non plus être limités à des projets temporaires mais être proposés dans le contexte d'une politique cohérente. ¶