Que dit la science sur le bonheur au travail?

13 décembre 2021
Que dit la science sur le bonheur au travail?

Face aux nombreux rapports sur la multiplication de maladies de longue durée et de burn-outs, Kathleen Vangronsvelt préfère se souvenir de la Semaine du bonheur au travail qui s'est déroulée fin septembre. «Je trouve ça magnifique», dit-elle. «J’ai décroché mon diplôme avec la ferme intention de rendre les gens plus heureux au travail.»

Texte: Kathleen Van Gronsvelt

Pourtant, l'idée même de bonheur au travail fait toujours naître en moi un sentiment un peu étrange. Comme si nous devions sauter de joie en allant au bureau tous les jours. Comme si nous devions nous dire les uns aux autres de bien en profiter avant d’entamer une nouvelle mission. Comme si le travail quotidien devait avoir un sens. Et comme si le fait de se concentrer sur le bonheur au travail pendant UNE semaine allait faire la différence.

Que dit la science?

On peut définir deux catégories de bonheur. On distingue le bonheur hédoniste et le bonheur eudémonique (Aristote, IVe siècle avant J.-C.). On parle également d'hedonic enjoyment et deself-expression (Waterman, 2003). Ou encore d'Happiness and meaning (Baumeister, 2013).

Le premier type de bonheur est celui que vous ressentez quand vous obtenez ce que vous voulez. Tandis que le second, vous le ressentez lorsque vous recevez ce dont vous avez besoin. Par exemple, j’éprouve du bonheur quand mes articles comptent de nombreux lecteurs. Et aussi – mais de manière très différente – lorsqu’un élève me dit comment un livre que j’ai recommandé a changé sa vie.

Les deux types de bonheur se manifestent aussi différemment dans nos relations avec les autres. Le premier, vous l’éprouvez en recevant quelque chose. Une promotion convoitée. Ou une réflexion positive. Le second, quand vous pouvez donner quelque chose. Votre expérience et votre perspicacité dans le cadre d’un problème technique. Ou votre entière attention en écoutant l'autre.

Ce qui compte vraiment

Enfin, le chemin qui conduit au bonheur semble également différent. Alors que l’expérience de la joie (happiness), du bonheur hédoniste ou du plaisir (enjoyment) s’accompagne souvent de sentiments exclusivement positifs, l’expérience positive du sens (meaning), du bonheur eudémonique ou de l’expression de soi (self expression) est précédée ou accompagnée de difficultés, d’obstacles, de luttes. Cela signifie-t-il qu’il faut d’abord expérimenter l’adversité avant de pouvoir apprécier le bonheur? Faut-il survivre à des moments difficiles au travail avant de trouver le bonheur? Ce n’est pas nécessaire. Mais les choses qui comptent vraiment dans votre vie ne sont généralement pas si faciles à réaliser. La carrière qui vous semble passionnante ne se construit généralement pas sans détour pénible et sans obstacle sur le chemin.

Qu’est-ce que cela signifie pour les professionnels des RH et les managers? Que les deux types de bonheur sont précieux. Qu’il n’y a rien de mal à profiter des réceptions et des activités ludiques longtemps reportées. Ni du plaisir d’une promotion, d’un succès ou d’une attention. Mais aussi que ce n’est pas le seul bonheur que nous pouvons éprouver dans le cadre de notre travail.

Volonté contre nécessité. Nous savons depuis longtemps que l’être humain a trois besoins fondamentaux (ABC, Deci & Ryan, 2000). Réfléchissez à la manière dont vous pouvez organiser le travail pour que vos collaborateurs éprouvent de l’autonomie (Autonomy) et un sentiment d’appartenance (Belonging). Créez des emplois dans le cadre desquels ils peuvent utiliser et exploiter pleinement leurs compétences (Competence).

Recevoir contre donner. Expliquez à vos collaborateurs comment ils peuvent s'inscrire dans un projet de plus grande envergure. Comment ils peuvent faire la différence pour les clients, comment ils peuvent aider leurs collègues.

Optimisme contre inertie. Rassurez votre personnel lorsque quelque chose ne fonctionne pas du premier coup. Encouragez-les à persévérer s’ils pensent que quelque chose en vaut vraiment la peine. Insistez sur le chemin qu’ils ont déjà parcouru et sur ce qu’ils ont appris en cours de route. ¶

ID

Kathleen Vangronsvelt

Fonction

Professeure en comportement organisationnel et en GRH, Antwerp Management School