Ruptures de contrats: un signal alarmant dans un marché en pénurie

9 mars 2022
Ruptures de contrats: un signal alarmant dans un marché en pénurie

Un quart des contrats de travail à durée indéterminée rompus concernent un travailleur qui est occupé dans l’entreprise depuis moins d’un an. De plus, les travailleurs qui quittent leur employeur dans l’année le font le plus souvent entre le 7e et le 12e mois, précisément la période durant laquelle un travailleur commence à être rentable pour l’entreprise.

Ce sont les conclusions d’une analyse d’Acerta sur la base des données de 260.000 travailleurs actifs dans 40.000 entreprises.

Un quart des contrats rompus en 2021 (24,7%) l’ont été dans l’année. La séparation survient:

• à l’initiative du travailleur (30,9%),

• à l’initiative de l’employeur (30,9%),

• ou est décidée d’un commun accord (34,4%).

La rotation du personnel (départ en moins d’un an) suit un rythme effréné dans les entreprises belges depuis plusieurs années, bien que la tendance soit légèrement à la baisse actuellement.

On part quand on commence à devenir rentable

Il est inquiétant de constater que bon nombre de travailleurs qui prennent le large dans l’année le font entre le septième et le douzième mois après leur entrée en service (41%). En outre, les travailleurs qui s’en vont si tôt le font souvent de leur propre initiative (37,8%), plutôt que d’être licenciés par leur employeur (25,1%). Il s’agit souvent d’un coup dur pour les entreprises, car les nouveaux arrivés ne commencent réellement à être rentables qu’après six mois.

Toutefois, la pénurie qui domine le marché de l’emploi depuis l’année dernière envoie de nouveaux signaux d’alarme aux entreprises. Les organisations qui perdent rapidement leur personnel ou s’en séparent tout aussi vite ont aujourd’hui beaucoup de mal à trouver les bons remplaçants.

«En outre, la pandémie complique le bon déroulement du trajet d'intégration», souligne Benoît Caufriez, directeur d'Acerta Consult. «Quand les travailleurs peuvent à peine se rendre sur leur lieu de travail, il est plus difficile de créer un lien avec les collègues et avec l’entreprise. Or, c’est précisément ce lien qui s’avère crucial. Il est donc essentiel pour une organisation d’accorder une attention particulière à l'intégration dans le cadre du travail hybride.»

Les PME sont les plus touchées

Ce sont les PME qui paient le plus lourd tribut de la rotation rapide du personnel. Dans les entreprises de moins de 10 travailleurs, plus de 30% des contrats résiliés le sont dans l’année. Dans les grandes entreprises (entre 200 et 1000 travailleurs), ce taux n’est que de 15 à 16%.

«Lorsqu’un travailleur quitte une PME, son départ pèse davantage sur l’organisation», continue Benoît Caufriez. «La rotation rapide du personnel et la pénurie sur le marché de l’emploi entraînent souvent les PME dans un cercle vicieux. La charge de travail des collaborateurs restants augmente et la formation d’un nouveau collaborateur prend également du temps. Les PME devraient donc redoubler d’efforts pour renforcer l’implication des travailleurs au sein de leur propre équipe. Pourquoi voudrait-on travailler pour vous et rester dans votre entreprise? Quelle partie de leur travail apporte un sentiment d’utilité aux collaborateurs? Quelles sont leurs perspectives d’avenir? En investissant dans l’engagement, la formation et le recyclage, les PME peuvent se positionner plus fortement pour limiter la rotation rapide du personnel.» ¶