Se déconnecter reste difficile, même quand c'est permis

12 avril 2022
Se déconnecter reste difficile, même quand c'est permis

Les salariés belges estiment que leur employeur respecte leur choix de ne pas rester joignables après leurs heures. Toutefois, 64% d’entre eux éprouvent des difficultés à se déconnecter. Les vingt-trente ans ont particulièrement du mal à se détacher de leur travail, non seulement pendant la semaine, mais aussi pendant les périodes de congé. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par Acerta auprès de 2.000 travailleurs.

Droit à la déconnexion

Le deal pour l’emploi, que le gouvernement fédéral a conclu en février, prévoit le «droit à la déconnexion» pour les travailleurs. Concrètement, les Belges ont le droit de se déconnecter après les heures de travail et de ne pas répondre aux appels ou aux e-mails qui leur parviennent à ce moment-là. Les partenaires sociaux négocient actuellement la manière de fixer les accords dans les conventions collectives de travail. L’enquête d’Acerta montre que le deal pour l’emploi y consacre une attention particulière, à juste titre. Plus de six Belges sur dix (64%) éprouvent actuellement des difficultés à déconnecter du travail, alors qu’ils étaient 58% il y a deux ans. 47% des Belges qui travaillent encore après leurs heures de travail ne parviennent parfois pas à débrancher. 17% – un sur six – n’arrivent jamais à oublier leur travail.

«On ne peut pas ignorer que le télétravail joue un rôle important dans la capacité à se détacher du travail après les heures», explique Donatienne Knipping, experte du centre de connaissances d'Acerta Consult. «Certains n’y voient aucun problème, mais d’autres ont plus de mal à déconnecter après un jour de télétravail qu’après une journée au bureau. 39% des travailleurs qui éprouvent systématiquement des difficultés à se déconnecter considèrent le télétravail comme un facteur aggravant, mais presque autant (37%) estiment que travailler chez eux ou au bureau ne fait aucune différence. Les entreprises ne peuvent pas résoudre les problèmes de déconnexion avec une solution unique. Il convient en effet de se demander pourquoi un travailleur ne peut ou ne veut pas déconnecter. Si l’on est mordu par son travail, il n’y a aucun mal à faire des heures supplémentaires. Le travail donne en quelque sorte un sens à sa vie. Toutefois, si l’on reste connecté par peur de son patron, pour la poursuite de sa carrière, ou sous la pression des clients, il est évident que quelque chose ne va pas.»

Les employeurs montrent l’exemple

76% des travailleurs peuvent toutefois décider du moment où ils répondent aux e-mails pendant une journée de travail et les entreprises obtiennent une note moyenne de 7 sur 10 lorsqu’il s’agit de respecter et de contrôler la disponibilité des collaborateurs. Les dirigeants et les responsables ont sans aucun doute un rôle exemplaire à jouer à cet égard. Même si des mesures spécifiques sont prises concernant la déconnexion, 72% des collaborateurs trouvent ces actions suffisantes et adéquates.

Les problèmes de déconnexion surtout présents chez les jeunes parents

Ces difficultés sont principalement présentes chez les vingt-trente ans – souvent parents d’enfants en bas âge. 82% des travailleurs de la vingtaine ont parfois ou toujours du mal à déconnecter, contre 67% des trentenaires. Les quinquagénaires (57%) et les sexagénaires (51%) présentent des chiffres nettement inférieurs.

E-mails et appels pendant les vacances

Bien que l’employeur prenne suffisamment de mesures pour favoriser la déconnexion, un travailleur sur cinq (21%) continue à consulter sa boîte mail pendant ses vacances ou après ses heures. Un sur cinq répond également à des appels pendant ses congés.

«Les employeurs investissent déjà beaucoup dans l’autonomie des collaborateurs, comme le montrent les chiffres», commente Donatienne Knipping. «Ils peuvent favoriser davantage ce point en prenant des mesures personnalisées. La déconnexion imposée, en interrompant le trafic d’e-mails à 18 heures par exemple, ne s’inscrit pas dans ce cadre. Les travailleurs doivent pouvoir indiquer ce qui fonctionne pour eux. Ce n’est que sur cette base que des accords clairs pourront être conclus, notamment sur l’accessibilité et la disponibilité pendant le télétravail et après les heures de bureau, et sur le canal de communication à utiliser pour telle ou telle urgence. Une part importante de la responsabilité de la déconnexion après les heures de travail incombe au travailleur, comme l’indique notre enquête.»

L'enquête

Les données sont issues de l’enquête biennale qu’Acerta fait réaliser par le bureau d’enquête Indiville auprès de 2.000 travailleurs. Cette enquête s’est déroulée du 26 janvier 2022 au 9 février 2022.