Secteur public: «Travailler pour un employeur moderne et attrayant»

13 décembre 2021
Secteur public: «Travailler pour un employeur moderne et attrayant»

Malgré un cadre réglementaire strict, les organisations qui ont participé à notre table ronde sur le secteur public se considèrent comme des employeurs modernes et attrayants. Et des atouts, ces organisations sont persuadées d'en avoir.

Texte: Patrick Verhoest / Photos: Wouter Van Vaerenbergh

Dans quelle mesure les réglementations qui s'appliquent au secteur public entravent-elles une politique RH moderne?

Klaartje Huyge (Ville de Gand): «La réglementation ne tombe pas du ciel, elle n'est d'ailleurs pas uniquement un frein. Il est important de savoir pourquoi ces règles ont été instituées. Une GRH créative peut surmonter ces obstacles. Actuellement, la réglementation semble surtout limiter nos initiatives en matière de diversité et d'inclusion. Nous devons donc adopter des méthodes créatives pour essayer de renouveler ces règles. Mais il serait ridicule de considérer toute la législation comme dépassée.»

Karen Verplancke (Ville de Roulers): «À cause de la pénurie de main-d'œuvre, la réglementation constitue cependant parfois un frein. Nous ne pouvons pas proposer de plan cafétéria, ni jouer avec les jours de congé ou mener des négociations salariales. Nous nous heurtons souvent à la législation, même si elle offre une certaine sécurité juridique aux employés et aux candidats. D'un autre côté, dans notre commune, la GRH a beaucoup d'autonomie, ce qui fait que je peux prendre des décisions rapidement dans mon domaine.»

Alain Balcaen (hôpital Groeninge, Courtrai): «Quand il s'agit d'avantages extralégaux, la réglementation sème des obstacles sur notre parcours que d'autres organisations ne rencontrent pas. Dans un marché du travail en pénurie, c'est évidemment un problème pour nous. Un avantage extralégal comme un vélo en leasing est financièrement intéressant pour le travailleur et pour l'employeur à condition de pouvoir utiliser à cette fin une partie du salaire brut. Le caractère statutaire de notre rémunération nous empêche d'élaborer une politique salariale compétitive et qui soit en même temps en ligne avec nos priorités.»

Sofie Stevens (hôpital Alma, Eeklo): «Nous avons certaines libertés, y compris dans le domaine du recrutement. La vitesse à laquelle nous pouvons changer les choses est plus grande dans le secteur non marchand, malgré le cadre qui, d'ailleurs, protège nos collaborateurs. Je vois que dans le privé, on licencie sans autre forme de procès des travailleurs qui fonctionnent mal, sans entretien préalable. Dans le secteur public et dans celui du non-marchand, cela me semble se produire moins fréquemment. C'est un avantage du cadre légal. Il n'y a pas d'arbitraire de la part de l'employeur.»

Vous sentez-vous comme des employeurs modernes, attrayants et dynamiques?

Klaartje Huyge (Ville de Gand): ««La responsabilité sociétale d'entreprise est une priorité. Cette qualité est importante pour notre marque d'employeur. Les entreprises privées suivent parfois la mode et se vantent dans leur plan stratégique d'appliquer ces principes sans être sincères. Nous devons être conscients qu'il s'agit là de notre grand atout. Par ailleurs, la mobilité interne et la diversité des fonctions nous rendent très attrayants. Nous comptons dix mille travailleurs et nous avons tous les profils chez nous. Pour de nombreux collaborateurs, les possibilités d'évolution sont réelles. Au bout de quelques années, ils peuvent travailler dans un environnement totalement différent sans changer d'employeur.»

Karen Verplancke (Ville de Roulers): «Nous avons fondé une académie qui offre à nos collaborateurs un large éventail de formations internes et de programmes de coaching. Nous développons la mobilité interne en permettant à ceux qui le désirent de relever d'autres défis dans la commune ou au CPAS. Nous gardons ainsi notre expertise et nos employés affûtent leur motivation en se ressourçant.»

Sofie Stevens (hôpital Alma): «Notre organisation poursuit un but sociétal et nos collaborateurs veulent apporter leur contribution à la société, tout en préservant l'équilibre entre leur vie privée et leur travail et en leur offrant des opportunités de formation. Si vous voulez faire carrière rapidement et gagner beaucoup d'argent, il est sans doute préférable de choisir un autre secteur. Mais si vous voulez vous sentir bien dans votre travail, le secteur non marchand a beaucoup à offrir. Les jeunes ingénieurs et informaticiens se tournent rarement vers notre secteur mais quinze ans après avoir obtenu leur diplôme, ils pensent à nous quand ils ont envie d'exercer une activité qui a du sens et qui a une pertinence sociétale. Dans le non-marchand, nous ne nous arrêtons pas au retour direct de nos salariés et nous nous intéressons aux formations. Nous investissons d'ailleurs beaucoup dans ce domaine, pas seulement pour le personnel soignant, mais aussi pour les opérateurs logistiques et ceux qui travaillent dans l'entretien.»

En quoi votre secteur se distingue-t-il?

Alain Balcaen (hôpital Groeninge): «Le bien-être de notre personnel est un élément essentiel de notre politique. Je pense que c'est un atout qui distingue notre secteur. Nous ne voulons pas, et nous ne pouvons pas, faire la différence avec des bonus ou des voitures de société. On entre chez nous à cause de l'importance sociétale de notre activité. Attention: nous devons prendre soin de nos collaborateurs comme nous le faisons de nos patients. Je ne dirais pas que notre GRH est plus innovante que dans le secteur privé. Notre innovation se révèle dans d'autres domaines, comme la formation.»

Sofie Stevens (hôpital Alma): «Nous sommes un vaisseau difficile à manœuvrer mais qui est capable de traverser les tempêtes. Changer de cap rapidement n'est pas notre plus grande qualité et c'est parfois frustrant. D'un autre côté, nous sommes bien armés en matière de formation et de recrutement.»

Qu'a signifié la crise sanitaire pour le secteur?

Klaartje Huyge (Ville de Gand): «C'est notre agilité qui a été mise au défi. En quelques semaines, nous avons dû nous réorganiser de fond en comble. Notre département chargé des équipes mobiles est devenu une agence d'intérim: nous avons envoyé chacun là où il était disponible, dans le respect de notre cadre réglementaire. Notre département RH nous a aidés à nous adapter rapidement. Ce qui en temps normal aurait pris deux ans (pilotage, gestion des stakeholders, évaluation et correction) s'est fait du jour au lendemain. Tout à coup, 42% de nos collègues se sont réunis à distance via Teams. La mobilité interne a reçu un coup de fouet, parce que de nombreux collaborateurs sont allés donner un coup de main dans d'autres services.»

Karen Verplancke (Ville de Roulers): «Heureusement, nous utilisions déjà les horaires flexibles et le télétravail quand le premier confinement est intervenu. Les collègues disposaient du matériel informatique nécessaire en fonction de leur profil. Nous avons donc été presque aussitôt opérationnels.»

Sofie Stevens (hôpital Alma): «Chez nous, le télétravail était en place depuis cinq ans. Nous ne devions donc plus y réfléchir, seulement étendre notre dispositif. Ainsi, nous n'avions pas assez d'ordinateurs portables. Par rapport à la flexibilité, nous avons tous été surpris par notre rapidité d'adaptation. Des concepts relativement théoriques, la flexibilité par exemple, sont devenus des réalités. Des collègues ont pris en charge des tâches qui ne faisaient pas partie de leur fonction pour nous aider à traverser cette crise. C'était du jamais vu. Le département RH a aussi réussi à se conformer à cette nouvelle situation. Nous nous sommes convertis massivement au télétravail.»

Alain Balcaen (hôpital Groeninge): «Les hôpitaux ont été placés sous le feu des projecteurs. Ce qui donne de l'énergie. Nous ne pouvions pas échouer. Nous avons voulu montrer que nous sommes capables d'assumer les responsabilités que l'on attend de nous. Toute la crise a donné un énorme coup de fouet à la marque d'employeur du secteur des soins de santé.» ¶

Karen Verplancke, responsable du département Personnel et Organisation de la Ville de Roulers, Alain Balcaen, DRH de l'hôpital Groeninge (Courtrai), et Klaartje Huyge, responsable du département RH de la Ville de Gand.