«Seuls les réseaux sont capables de résoudre les problèmes complexes»

3 juillet 2022
«Seuls les réseaux sont capables de résoudre les problèmes complexes»

Pour certains, préparer un gâteau est une aventure hasardeuse. Ceux-là ont toujours la faculté de consulter un bon livre de recettes. Il y a cependant des problèmes complexes qui entremêlent tant de facteurs qu'un mode d'emploi ne sera d'aucun secours. Un exemple? Élever des enfants. C'est ce qu'a expliqué Bart Cambré lors de notre récent congrès à Milan, en vantant les réseaux d'organisations.

Texte: Jo Cobbaut / Photo: Wouter Van Vaerenbergh

La collaboration entre entreprises n'est pas neuve. Mais les réseaux d'organisations, qui créent de la valeur au niveau du réseau même, sont un phénomène relativement récent. Ils conviennent particulièrement bien à la résolution des problèmes sociétaux compliqués auxquels nous sommes confrontés. Pensons ici à la lutte contre le changement climatique, à l'exclusion sociale, au retour à l'emploi de membres des groupes à risques. Aucune organisation n'est en mesure de s'attaquer à ces problèmes sans l'aide d'autres organisations. L'expertise doit être partagée et mise en relation: seule la coopération peut venir à bout de ces questions complexes. Ainsi, pour mettre au travail des personnes en difficulté, il faut compter sur l'apport de l'expertise combinée du Forem ou d'Actiris, des CPAS, des coachs spécialisés, des pouvoirs publics subsidiants, des employeurs, des syndicats, des fonds sectoriels… Seules les organisations en réseau possèdent suffisamment de réponses partielles pour imaginer ensemble une vraie solution.

Mais il n'est pas simple de constituer un réseau d'organisations. Cette formule ne convient pas aux entités qui se définissent par des limites claires, par une unité de commandement et par une politique du personnel homogène. Malgré tout, dans un réseau, l'objectif est que chaque organisation reste indépendante. Si vous décidez de procéder à une fusion ou de fonder une nouvelle ASBL pour chapeauter l'activité du réseau, vous retomberez dans le modèle d'une structure unique et vous ne profiterez plus des avantages du réseau.

Le facteur humain

On comprend qu'il existe certains freins juridiques, notamment dans le domaine de la responsabilité ou du partage d'informations confidentielles concernant les brevets. La dimension humaine est également problématique. Si quelqu'un de votre organisation prend part aux activités d'un réseau, qui dirigera cette personne? Comment pourra-t-elle exposer des frais et se faire rembourser? Qui versera son salaire?

Il faut aussi prévoir une structure légère, dresser l'inventaire des moyens que fournit chaque partenaire et dessiner le flux du travail à travers le réseau. Ce qui n'est pas simple non plus. Comment organiser le travail en équipe quand les partenaires les plus importants appartiennent à des entités différentes? Comment mettre en place une culture organisationnelle, une gouvernance, des évaluations? Faut-il engager un coordinateur au niveau du réseau? Quelles modalités de recrutement faut-il lui appliquer, quel barème prévoir?

Pour Bart Cambré, les réseaux sont la forme organisationnelle de l'avenir. Si nous voulons relever des défis de plus en plus complexes, il faudra compter sur la collaboration entre plusieurs structures différentes. La GRH joue ici un rôle crucial. En procédant par petits pas et en accompagnant les individus, des organisations indépendantes peuvent nouer des rapports de collaboration de grande ampleur afin d'imaginer les solutions de demain. «From small things mama, big things one day come», chante Bruce Springsteen. ¶

À propos du conférencier

Bart Cambré est vice-recteur de l'Antwerp Management School et professeur de l'université d'Anvers. Il a coécrit avec P. Kenis un livre sur le sujet (en néerlandais): Organisatienetwerken. De organisatievorm van de toekomst. Pelckmans Pro, 2019.