Un bracelet et un algorithme pour prévenir le stress

13 mars 2022
Un bracelet et un algorithme pour prévenir le stress

«Quand Hans Wilmots, le patron de Biorics, m'a demandé d'investir dans son entreprise, j'ai commencé par utiliser son application. Aujourd'hui, cela fait un an que je porte son bracelet», affirme Françoise Chombar. Présidente du conseil d'administration de Melexis, elle l'est aussi, depuis peu, de celui de Biorics.

Texte: Peter Ooms / Photo: Lies Willaert

«Ma première expérience avec le bracelet de Biorics a été perturbante», se souvient Françoise Chombar. «Je pensais que tout allait bien mais l'application m'a immédiatement indiqué que je ne me reposais pas assez. Alors que j'avais l'impression que mon travail était intéressant et que j'en retirais suffisamment de satisfaction, les données objectives de mon corps racontaient une histoire très différente. Conclusion? Je mettais mon organisme sous une pression trop forte. La situation devenait dangereuse. Le burn-out se produit précisément quand vous dépassez vos limites sans vous en rendre compte. L'application a décelé ces premiers signaux alarmants. Et j'ai pu prendre quelques mesures préventives. Dans mon cas, j'ai modifié mes habitudes pour améliorer la qualité de mon sommeil. J'ai réussi à diminuer le nombre de jours dans lesquels je suis dans le rouge. Cette dimension préventive est l'essence même de l'activité de Biorics.»

Un grand projet pilote

L'entreprise a lancé un grand programme pour tester son application. Le transporteur de citernes Trafuco, la briqueterie Nelissen, le producteur de puces Melexis, le bureau de conseils BDO, l'entreprise de titres-services Trixxo et le conseiller en prévention Mensura ont inauguré la phase pilote en janvier de l'outil Mindstretch de Biorics. Volvo Cars, Arte International, P&V Panels et KBC se sont ajoutés au panel. Les collaborateurs de ces organisations vont porter un bracelet qui mesure les mouvements de leur corps et leur rythme cardiaque et qui transmet ces chiffres à une base de données de Biorics, hébergée dans le cloud. L'algorithme réalise une analyse de la consommation énergétique du métabolisme de chaque participant à trois niveaux: basique, physique et mental. Le résultat est un conseil qui apparaît sur l'application du smartphone de l'utilisateur. En s'appuyant sur un code couleur – vert, orange, rouge – l'algorithme indique l'équilibre énergétique mental de l'individu. Le rouge signale une situation dans laquelle une personne dépense plus d'énergie qu'elle ne peut en récupérer. Le repos et la régénération deviennent dès lors urgents.

Les causes du dérèglement peuvent être variées: des délais impossibles à tenir, des conflits avec des collègues, mais aussi des problèmes personnels ou des tensions à la maison. L'excès de loisirs peut aussi être mauvais pour le niveau d'énergie. Un week-end trop animé peut vous faire commencer la semaine dans un état de fatigue inquiétant.

Données individuelles et agrégées

Quand les entreprises intègrent l'application Mindstretch dans leur politique de prévention, les salariés doivent autoriser l'utilisation de leurs données. Par la suite, on peut faire des analyses au niveau d'un petit groupe ou même, de toute l'entreprise. L'organisation reçoit un tableau de bord qui lui permet de suivre le niveau d'énergie de ses sites, de ses départements et de ses équipes. «Il est nécessaire de désigner une personne de confiance pour accompagner les salariés», affirme Françoise Chombar. «Par exemple, un responsable du département RH, un conseiller en prévention externe ou un coach. Grâce à la combinaison d'analyses de données individuelles et de données agrégées, une entreprise devient capable de mettre en œuvre une politique préventive. Pour ces raisons, Melexis participe aussi au projet pilote.»

Mindstretch sera un outil supplémentaire dans la politique du personnel de Melexis. «Quand l'entreprise a été créée dans les années 1980, elle était déjà centrée sur le bien-être. Les fondateurs étaient convaincus que les salariés devaient être heureux dans leur vie professionnelle, en premier lieu en effectuant un travail qui a du sens. Nous pensions alors que cette approche se traduirait par de meilleures prestations. La crise sanitaire a fait peser brutalement sur les salariés une pression énorme. Ils ont dû par exemple télétravailler tout en s'occupant de leurs enfants qui n'allaient plus à l'école. Il faut éviter que les personnes ne craquent physiquement mais il faut faire aussi attention à ceux qui rencontrent des difficultés psychologiques qui les empêchent d'être suffisamment productifs», affirme Françoise Chombar.

Comment réagir?

Étant une entreprise technologique, Melexis est ouverte aux solutions qui s'appuient sur une analyse objective, basée sur des données scientifiques. Françoise Chombar: «Nous ne savons pas encore avec précision ce que nous allons faire quand nous identifierons des problèmes chez des salariés ou dans des équipes. Mon sentiment est que nous aurons besoin d'approches spécifiques, adaptées à chaque situation particulière. L'idéal sera sans doute de désigner un coach, issu du département RH, pour concevoir des mesures appropriées, en collaboration avec le salarié et l'équipe.»

L'entreprise de transport Trafuco a donné à ses chauffeurs la possibilité de tester le dispositif. L'expérience a montré que ceux qui subissaient moins de charge mentale (et qui possédaient donc un équilibre énergétique sain) obtenaient de bons résultats dans certains paramètres concrets: consommation de carburant moins élevée, freinages plus doux, pneus moins usés, diminution des accidents et surtout, des absences. Après une phase pilote, une société chimique a par ailleurs modifié son système de travail en équipe pour alléger la pression sur ses salariés. ¶

ID

Françoise Chombar

Fonction

Présidente du CA de Melexis et de Biorics