Philippe Verlinden Philippe Verlinden
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Gert Verlinden
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Wouter van vaerenbergh

La voie de l'humilité

1 février 2020
Je joue cartes sur table

Dans ma carrière, je dois souvent m'occuper de projets de changement, de fusions, de remises à plat des rémunérations, de plans sociaux. Ce qui s'accompagne toujours de négociations énergiques avec les syndicats. Ces périodes sont intenses. Tout l'art est de convaincre le personnel de la pertinence de ces évolutions. L'idéal est alors de privilégier la transparence dans la communication. Pour ma part, je m'efforce de partager délibérément les informations en ma possession et je joue la carte de l'ouverture. Impliquer le personnel est essentiel pour l'aider à digérer le changement.

En exagérant, on peut comparer mon job à ce que l'on voit dans les films de guerre. Je forme avec mes collègues une sorte de groupe de choc médical qui intervient sur le front. Nous soignons, nous coupons et nous nous précipitons là où on a besoin de nous. Tene quod bene: c'est ma devise. Gardez ce qui est bon. Du coup, je dois souvent faire des choix difficiles.

Je veux démontrer que ma fonction de Compensation & Benefits Manager ne se limite pas à gérer correctement des processus basiques. Dans un monde qui bouge constamment, je me pose toujours la même question: notre politique salariale est-elle adaptée aux collaborateurs que nous voulons attirer et garder? Le plan cafétéria répond-il à leurs attentes? Je veux être le meilleur partenaire de la direction et offrir une oreille bienveillante pour les salariés.

Le golf m'aide à rester humble. Cela semble paradoxal puisque ce sport a une image élitiste et luxueuse. En vérité, un jour, vous frappez des balles lamentables et le lendemain, vous réussissez des coups formidables. Votre swing a beau être le même, il faut compter avec le vent, votre état physique et surtout, votre sérénité. J'ai un handicap de 12 et je m'efforce de l'améliorer. Frapper plus fort n'est d'aucun secours. Ce qu'il faut, c'est affiner sa technique en souplesse.

On peut comparer le golf aux négociations syndicales. Au début, on a la tentation de se montrer inflexible, de taper du poing sur la table. Il est préférable de rester calme, d'analyser les faits et de tirer des conclusions réalistes. Forcer son interlocuteur à changer d'opinion ne fonctionne pas. Il est préférable d'assouplir sa communication pour viser le compromis.

Je préfère jouer dans les tournois interclubs: c'est toute l'équipe qui gagne ou qui perd. Le premier jour, c'est à mon tour de jouer. Et le jour d'après, je deviens le caddy d'un équipier. La vie au club est toujours animée, nous parlons beaucoup entre nous et nous échangeons des visions enrichissantes sur la GRH ou sur l'économie en général. Mais il faut relativiser le pouvoir des réseaux: je vois souvent les mêmes visages. Le golf est une activité de gentlemen. L'honnêteté prime. Je ne m'impose pas une pression extrême, le golf reste un sport, c'est tout. Nous ne sommes pas aux Masters.