Conny Hooghe Conny Hooghe, Global hr-director Materialise
Texte
Melanie De Vrieze
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Jan Locus

Nous impliquons le plus possible nos collaborateurs dans les décisions

1 décembre 2020
La cocréation est l’une de nos forces. Nous nous sommes engagés très tôt dans ce dialogue, non seulement avec nos clients mais aussi avec notre personnel.
Materialise souffle ses trente bougies. Cette société familiale de Louvain opère sur le marché mondial de l'impression en 3D. «Nos salariés sont très engagés parce qu'ils veulent apporter leur contribution à la mission qui est la nôtre: améliorer le monde, améliorer la santé», assure Conny Hooghe, Global HR Director de l'entreprise.

 Materialise souffle ses trente bougies. Cette société familiale de Louvain opère sur le marché mondial de l'impression en 3D. «Nos salariés sont très engagés parce qu'ils veulent apporter leur contribution à la mission qui est la nôtre: améliorer le monde, améliorer la santé», assure Conny Hooghe, Global HR Director de l'entreprise.

L'entrepreneuriat sociétal est ancré dans l'ADN de Materialise. Comment cela se traduit-il dans la GRH de votre entreprise?

Conny Hooghe: «L'engagement sociétal fait en effet partie de notre mission qui est de rendre le monde meilleur et plus sain. Pendant la crise du coronavirus, nous avons pu le démontrer clairement. Nous avons imprimé un système de porte que l'on peut ouvrir sans devoir toucher la poignée avec les mains. C'est une solution pratique pour limiter les contaminations. Nos applications ne sont pas réservées au secteur médical, nous offrons aussi des solutions à d'autres secteurs, comme l'automobile et l'aéronautique. Avec notre technologie d'impression 3D, nous nous inscrivons dans la problématique de la durabilité puisque nos réalisations évitent les longues chaînes de transport. Nous recevons souvent des candidats qui veulent participer chez nous à cette mission. Cet engagement en faveur de la durabilité, nous le traduisons dans notre politique RH. Nous investissons dans le développement de nos collaborateurs pour qu'ils puissent construire une carrière à long terme avec nous. C'est important parce que nous sommes une entreprise centrée sur les connaissances. Mais la durabilité se concrétise encore dans l'aménagement de notre environnement de travail et dans la rémunération de notre personnel.»

Materialise a connu une croissance forte ces dernières années. Cette entreprise familiale compte aujourd'hui 2.200 salariés. Comment conservez-vous cette culture particulière?

Conny Hooghe: «Materialise a grandi progressivement sous la conduite de son CEO qui est aussi son fondateur. Il a laissé son empreinte dans toutes nos filiales. Nos implantations internationales ont souvent été dirigées par des Belges qui ont cédé le relais un peu plus tard à une équipe locale. Du coup, notre culture d'entreprise s'est diffusée partout. Nous entretenons des contacts réguliers avec tous nos sites. Les lignes de communication sont très courtes. En temps normal, le CEO visite régulièrement nos différents établissements. Chacun a le sentiment d'appartenir à une famille. C'est en tout cas ce qui remonte de notre personnel.»

Comment attirez-vous de nouveaux collaborateurs? Souffrez-vous de pénuries?

Conny Hooghe: «Nous recevons beaucoup de candidatures spontanées. Les gens voient Materialise comme une entreprise dans laquelle ils pourront imprimer leur marque. Ce qui facilite nos recrutements. Nous devons moins utiliser des canaux alternatifs pour trouver les bons candidats. Certains profils souffrent cela dit d'une pénurie, toutes les entreprises sont confrontées à ce phénomène. Raison pour laquelle nous accordons beaucoup d'importance aux évolutions endogènes, pas seulement pour les fonctions dirigeantes mais aussi pour les profils d'experts. Nous donnons l'opportunité aux salariés d'accumuler de l'expérience dans plusieurs disciplines et dans plusieurs filiales. Un grand pourcentage de nos salariés progresse au sein même de l'entreprise, ce qui nous permet de résoudre en partie les problèmes de pénurie. Certains salariés sont chez nous depuis notre création et ont construit une belle carrière.»

Attirer des employés est une chose, les conserver en est une autre. Il y a quelques années encore, Materialise souffrait d'un nombre élevé de départs. Comment avez-vous freiné ce phénomène?

Conny Hooghe: «Dans un environnement hautement technologique, il y a toujours un taux de rotation élevé. Il serait naïf de croire qu'il en irait autrement dans notre entreprise. Nous avons réussi à ramener ce taux à un niveau conforme au marché. La touche familiale, la culture d'entreprise, notre mission et notre croissance y contribuent. L'implication du personnel est un autre facteur important. Au sein de Materialise, nous avons une culture de concertation plutôt démocratique. Nous travaillons en permanence à l'amélioration de l'environnement de travail. Mais comment continuer à impliquer nos collaborateurs alors que leurs méthodes de travail sont en train de changer fondamentalement? Nous leur avons posé la question: à cause de la pandémie, nous avons implémenté le télétravail brutalement, mais comment voulez-vous l'aborder à long terme? Les membres de chaque équipe ont réfléchi à la meilleure manière d'organiser leur travail et de garantir leur accessibilité vis-à-vis des clients. Nous avons reçu beaucoup de propositions de la part de nos 70 équipes. Parce que les employés ont collaboré à sa conception, la nouvelle manière de travailler sera plus facilement acceptée. On constate cette implication à tous les niveaux. La cocréation est une autre de nos forces. Materialise était l'une des premières entreprises à utiliser cette méthode, non seulement avec nos clients mais aussi avec notre personnel. Ce qui favorise l'engagement. Ce qui est aussi une façon de conserver nos salariés.»

Quand des employés sont promus, il y a toujours le risque que des experts deviennent cadres alors qu'ils ne sentent pas très bien dans ce rôle. Comment contournez-vous cet écueil?

Conny Hooghe: «En faisant comprendre à nos collaborateurs qui veulent faire carrière qu'une promotion ne doit pas nécessairement les conduire à occuper une fonction dirigeante. Nous distinguons deux trajets principaux: parvenir à une position de leader ou progresser dans un domaine, une expertise ou une spécialisation. Nous accordons autant d'importance à ces deux itinéraires, y compris par rapport à la rémunération. Quand un salarié qui travaille dans un domaine technique se dit intéressé par une évolution vers un rôle de manager, il faut réfléchir avec lui. Cette nouvelle position lui demandera d'autres compétences. Il doit comprendre la dimension RH de sa future fonction et maîtriser les codes du leadership. Nous examinons avec lui son potentiel et nous cherchons le meilleur moyen de le faire progresser.»

Les entreprises veulent apprendre à devenir plus agiles. Quelle est votre position à ce sujet?

Conny Hooghe: «Pour nous, il est fondamental d'apporter une structure dans certains domaines. Dans un département de R&D, il est préférable de ne pas introduire trop de processus: la flexibilité est de mise. C'est le cas aussi dans d'autres environnements, comme le développement de logiciels. Il faut trouver le bon équilibre entre le respect des procédures, qui est indispensable dans une société cotée en Bourse, et la latitude laissée aux équipes de rester agiles pour qu'elles puissent apporter une réponse rapide et de qualité aux besoins des clients.»

Comment réagissent vos salariés?

Conny Hooghe: «Cela dépend de leur personnalité. Certains aiment travailler dans des conditions agiles, d'autres doivent s'y habituer. Il est donc important de chercher le bon environnement ou le bon rôle pour nos collaborateurs. On peut apprendre à travailler avec l'agilité mais pour moi, c'est avant tout une question de personnalité.»

Comment évaluez-vous vos salariés?

Conny Hooghe: «Nous appliquons un cycle de performance avec deux moments formels, au début et au milieu de l'année. Dans l'intervalle, nous demandons aux managers de donner un feed-back continu à leurs collaborateurs. Il ne s'agit pas, à nos yeux, d'une simple évaluation: ce feed-back doit aider nos collaborateurs à progresser, à apprendre. Les moments formels sont importants pour approfondir certains sujets, mais nous accordons autant d'importance au feed-back continu pour orienter nos employés dans la bonne direction.»

Quelles sont vos priorités dans votre position de DRH?

Conny Hooghe: «En premier lieu, et cela ne vous étonnera pas, je veux m'assurer que nos collaborateurs puissent travailler en toute sécurité, sans mettre leur santé en danger. En fonction des différentes phases de l'épidémie que nous traversons, cette préoccupation réclame de déplacer certaines priorités. Par ailleurs, notre objectif est de ne pas perdre le lien avec notre personnel, ce qui n'est pas simple quand autant de monde télétravaille. Quand nos salariés sont obligés de venir au bureau, nous vérifions que les règles de sécurité soient strictement respectées. Nous cherchons le bon équilibre entre la flexibilité et les exigences imposées par nos opérations, d'une manière durable.»

Est-il difficile d'adapter les compétences du personnel à une société qui change à toute allure?

Conny Hooghe: «Nous avons une longue expérience dans l'impression 3D, un secteur dans lequel nous sommes leaders. Cette connaissance est intégrée dans notre organisation et la formation est une priorité. Quand nous recrutons des candidats, nous vérifions leur désir d'apprendre, de s'adapter à notre culture et d'accepter la flexibilité. Ils doivent aussi avoir le réflexe d'utiliser leur expertise pour répondre à de nouveaux besoins de nos clients, pour découvrir de nouveaux marchés. Si vous regardez l'histoire de Materialise, nous avons toujours réagi avec la vitesse nécessaire pour attaquer des marchés différents, avec des produits différents. C'est dans notre ADN.»

Quel impact la crise du coronavirus a-t-elle sur votre entreprise?

Conny Hooghe: «Il va de soi que le confinement a eu de grandes conséquences sur nous. Mais nous avons vu très rapidement où nous pouvions apporter une valeur ajoutée. Ici aussi, nous avons affiché nos valeurs pour contribuer à rendre le monde meilleur. Nous avons proposé plusieurs applications pour lutter contre la pandémie, qu'il s'agisse de poignées de porte ou de masques à oxygène. Cela a été fortement apprécié par le marché mais aussi par nos employés. Ils ont participé à la conception de ces solutions et les ont réalisées très rapidement. Ce qui n'a fait qu'aiguiser leur motivation. Nous communiquons beaucoup sur le sujet. Nous envisageons désormais de perpétuer cette manière de travailler et de convaincre nos clients d'être plus durables grâce à l'impression 3D.»

Quelles sont les grandes leçons que Materialise tire de la crise?

Conny Hooghe: «La première chose, c'est que nous sommes capables de nous adapter à court terme. Mais qu'est-ce qui changera durablement? Je pense que nous allons beaucoup réduire nos voyages. Les réunions numériques au niveau international sont efficaces, même si le contact physique reste important. L'acceptation générale du travail flexible a également progressé. Toute la question est maintenant de trouver le bon équilibre pour pouvoir l'appliquer de façon prolongée.» ¶

Materialise: faits et chiffres

  • Fondation en 1990 par Wilfried Vancraen, spin-off de la KU Leuven.
  • Coté en Bourse.
  • Se concentre sur plusieurs secteurs, comme le monde médical, l'automobile et l'aéronautique.
  • 2.200 employés, répartis dans 22 pays.
  • Plus de 200 imprimantes 3D dans le monde.

ID

Conny Hooghe

Fonction: Global HR-Director de Materialise