Métavers: peut-on y croire? Métavers: peut-on y croire?
Texte
Melanie De Vrieze

Métavers: peut-on y croire?

1 avril 2022
On peut faire la comparaison avec Teams ou de Zoom, mais au lieu de regarder un écran, vous avez l’impression d’être dans la même pièce que vos collègues
Le métavers est composé d'espaces en 3D dans lesquels les utilisateurs interagissent par le biais d'avatars. «Le concept doit encore être affiné mais on ne peut plus l'ignorer, d'autant que Facebook et Microsoft se sont lancés à corps perdu dans l'aventure.» C'est l'avis du stratège en innovation Gerrie Smits. Mais que représentera le métavers pour un DRH?

Le métavers est composé d'espaces en 3D dans lesquels les utilisateurs interagissent par le biais d'avatars. «Le concept doit encore être affiné mais on ne peut plus l'ignorer, d'autant que Facebook et Microsoft se sont lancés à corps perdu dans l'aventure.» C'est l'avis du stratège en innovation Gerrie Smits. Mais que représentera le métavers pour un DRH?

Au lieu d'appréhender Internet en 2D (comme nous l'avons fait pendant la pandémie en communiquant par écrans interposés), le métavers est un réseau en ligne de mondes en 3D qui emploient des avatars. Pour le moment, cette innovation reste entourée d'un certain flou. «Sa concrétisation précise est encore en chantier», explique Gerrie Smits, spécialiste de ces univers nouveaux. «Il s'agit d'une sorte d'extension d'Internet, une réalité alternative dans laquelle nous travaillons, nous nous rencontrons, nous nous détendons. Le métavers est une vision futuriste, mais avec des géants comme Microsoft et Facebook qui s'engagent dans cette voie, il n'est plus possible de nier le phénomène. Et quand Facebook se rebaptise Meta, vous devez prendre l'affaire très au sérieux.»

Réalité virtuelle, jeux et block-chain

Pour Gerrie Smits, le métavers est le fruit de trois évolutions. «En premier lieu, la réalité virtuelle fait partie de nos vies depuis des années. Une technologie qui s'améliore sans cesse. S'y ajoute l'impact décisif de l'industrie du jeu. Fortnite et Roblox, qui vous permettent notamment de créer vos propres univers en 3D, sont les exemples les plus éclairants de ces mondes virtuels.» Troisième composant, et pas le moindre selon Gerrie Smits: la technologie de la block-chain qui encadre une sorte de modèle économique numérique. «Le métavers ne se résume pas à la réalité virtuelle, ni à un jeu, ni à une application de block-chain, mais il conjugue les trois dimensions.»

Mais que pourrait apporter le métavers à un DRH? «En premier lieu, cette technologie facilitera le travail à distance entre les salariés», affirme Gerrie Smits. «Facebook expérimente les Horizon Workrooms, où des avatars – qui représentent des êtres humains – se réunissent dans un espace virtuel. On peut faire la comparaison avec une réunion par le biais de Teams ou de Zoom, mais au lieu de regarder un écran, vous avez l'impression d'être dans la même pièce que vos collègues. Le monde en 3D assure une dynamique entre les participants. Les possibilités sont nombreuses dans le domaine des formations aussi.» Une certitude: la technologie doit encore beaucoup évoluer. Il n'est pas évident de se promener toute la journée en portant des lunettes de réalité virtuelle. «Ray-Ban par exemple planche déjà sur des lunettes spéciales pour le métavers.»

Dynamique relationnelle

La GRH doit faire face à un grand défi: l'engagement des salariés. «Si grâce aux lunettes de réalité virtuelle vous avez le sentiment d'être au bureau avec un collègue et que vous voyez passer d'autres personnes à qui vous pouvez parler facilement, une dynamique se crée», souligne Hans Diels, prospectiviste d'Etion, le forum flamand de l'entrepreneuriat engagé.

Les applications de formation possèdent sans doute le plus grand potentiel à court terme. «Grâce à la réalité virtuelle, vous pouvez apprendre aux salariés certaines choses ou leur enseigner des gestes précis. Le métavers offre une autre opportunité: il vous permet de recruter dans le monde entier, l'avantage étant que le candidat a l'impression d'être assis dans la même pièce que vous. Le problème évidemment est que vous allez entrer en concurrence avec d'autres pays. L'épée est à double tranchant.»

Travailler sur la culture d'entreprise

Pour Gerrie Smits, l'idée de partager des expériences est encore plus enthousiasmante. La GRH ne se limite pas à fournir les bons outils. Elle doit aussi attirer de nouvelles recrues et travailler sur la culture d'entreprise. «Certaines organisations utilisent déjà le métavers pour se présenter aux candidats et leur montrer clairement leur ADN. Deloitte, par exemple, a organisé un premier événement de recrutement virtuel. Des entretiens d'embauche y étaient effectués, de même qu'une présentation de l'entreprise à 360°. La guerre des talents fait rage, et pas seulement pour les programmeurs. Tous ceux qui ont des connaissances numériques sont très demandés. Ainsi, un casino en ligne recrute des candidats qui travailleront dans le métavers. Ce qui demande de nouvelles compétences que nous devons trouver et développer. Les jeunes qui ont grandi avec des jeux virtuels comme Fortnite et Roblox arrivent maintenant sur le marché de l'emploi. Les entreprises qui possèdent déjà une application pour se profiler dans le métavers montrent qu'elles sont à leur niveau et qu'elles comprennent leur biotope.»

Dans le domaine de la rémunération aussi, les possibilités sont nombreuses. Les entreprises peuvent offrir à une équipe qui travaille à distance des tickets pour un concert ou un événement virtuel. «Des concerts ont déjà été organisés dans Fortnite. Le rapeur Travis Scott s'est produit par exemple devant plus de 12 millions de spectateurs.»

Faire la différence

À la fin des années 1990, toutes les entreprises se devaient d'avoir un site Internet. Dix ans plus tard, il leur fallait une application mobile et un profil sur les médias sociaux. Aujourd'hui, voici donc le métavers. Même si le phénomène en est toujours au stade de l'innovation et que les entreprises doivent le considérer d'un œil critique, Gerrie Smits pense qu'il offre de nombreuses possibilités de différentiation. «Les organisations peuvent traduire leur culture dans cette nouvelle technologie, ce qui est très intéressant pour un certain public. La présence d'une entreprise dans le métavers est-elle utile? C'est à elle de le décider.»

Gerrie Smits applique la règle des 70-20-10. «Je conseille aux organisations de consacrer 70% de leurs investissements à l'optimalisation de leurs activités actuelles, 20% à l'innovation en matière de valeurs ou de produits. Les 10% restants, il est préférable de les réserver à la recherche et au développement purs. Pour les entreprises, toute la question est de faire les trois à la fois. Le métavers fera sans doute partie pour la majorité d'entre elles des derniers 10%. Dans certains secteurs, comme celui de la mode, le métavers va entrer plus probablement dans la catégorie de l'innovation. Ce secteur a déjà quelques réalisations concrètes à son actif. Gucci par exemple dispose d'un métavers community manager, et Nike vend des chaussures virtuelles dans cet univers.»

Le même destin que «Second Life»?

Le métavers n'est pas la première tentative de création d'un monde virtuel en ligne. Philip Rosedale l'a déjà essayé en 2003 quand il a fondé Second Life, qui permettait aux utilisateurs de vivre une deuxième vie grâce à leur avatar. Mais Second Life n'a jamais vraiment percé. Le métavers suivra-t-il le même chemin? «En réalité, à l'époque de Second Life, la réalité virtuelle en était encore aux balbutiements», explique Hans Diels. «Globalement, la présentation était de mauvaise qualité. Grâce à l'industrie du jeu, le graphisme a considérablement évolué. Les images sont beaucoup plus réalistes. On travaille sur des lunettes de réalité virtuelle qui analysent beaucoup mieux les expressions faciales: votre avatar imitera très précisément vos mimiques. Ce qui facilite le contact avec les autres.»

D'une façon générale, les entreprises doivent rester prudentes. «Une question se pose par exemple: qui a la juridiction dans ce monde numérique?», s'interroge Hans Diels. «Que se passera-t-il si quelque chose d'inacceptable se produit? À quel tribunal pouvez-vous vous adresser? S'y ajoutent de nombreuses autres préoccupations éthiques, par exemple dans le domaine de la vie privée.» ¶